Une rencontre avec Magali Guerry

Ancienne soliste du Ballet du Capitole de Toulouse, Magali Guerry poursuit sa carrière dans l’enseignement au sein de sa propre école, le BDS, dans la ville rose mais aussi à travers des cours, des stages et des masterclass qu’elle donne régulièrement sur la région. Lancement d’une rencontre avec … 1 : Qu’est-ce qui vous a…


Ancienne soliste du Ballet du Capitole de Toulouse, Magali Guerry poursuit sa carrière dans l’enseignement au sein de sa propre école, le BDS, dans la ville rose mais aussi à travers des cours, des stages et des masterclass qu’elle donne régulièrement sur la région. Lancement d’une rencontre avec …

1 : Qu’est-ce qui vous a poussée, enfant ou adolescente, à choisir la danse classique comme voie ? Y a-t-il eu un déclic, une rencontre ou une œuvre qui a marqué ce choix ?

 » En fait, j’ai assisté à la fin d’un cours de danse à 6 ans et demi et je me suis dit plus tard : je serais danseuse. J’ai vu toutes ces ballerines danser et virevolter. Cela m’a fascinée. Le déclic, c’était ce moment.

J’ai aimé la rigueur de la danse classique. J’ai toujours aimé les barres. J’aurais pu en faire plusieurs d’affilée. Avoir deux disciplines en une, la barre puis le milieu était un must. J’ai aimé la concentration de la barre et le fait de ne parler à personne pendant 45 minutes. Au milieu, on est plus dans l’échange pour faire des groupes, des quinconces, … « 

2 : Vous avez été formée dans des écoles toulousaines, notamment l’école de danse des soeurs Besso, puis à l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris pendant 14 ans. Comment cette dernière institution a-t-elle façonné votre approche technique et artistique ? Avez-vous eu des mentors qui ont particulièrement influencé votre carrière ?

 » J’ai débuté au Conservatoire de Toulouse, puis à l’école Amantica de Joëlle et Danielle Besso puis l’école de danse du CNSMDP (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris) qui héberge l’École de Danse de l’Opéra. Je n’ai pas forcément eu de mentors mais c’est pour moi la meilleure école de danse. Elle regroupe tout. Grâce à l’École de Danse de l’Opéra, on aborde à la fois le théâtre, le mime, le caractère russe, … Il y a très peu d’écoles qui sont à ce niveau en France. Cela amène la discipline qui peut paraître un peu militaire. Mais je trouve qu’il manque presque un peu de rigueur aujourd’hui. Cette discipline et cet enseignement m’aident encore aujourd’hui au quotidien même en dehors du studio.

Bien sûr et par contre, à l’Opéra, on a moins de cours de contemporain, c’est beaucoup axé sur le classique.

À mon époque, ce sont les rencontres et les découvertes avec des grands danseurs (Sylvie Guillem qui alors que j’ai 14 ou 15 ans rentre dans le studio pour discuter par exemple) qui a façonné mon approche et mon ouverture. Les danseuses et danseurs du ballet venaient échanger sur leur parcours. Cela m’a permis de m’ouvrir davantage à d’autres univers.

Une fois, Monique Loudières, danseuse étoile de l’Opéra de Paris, est venue nous dire qu’il allait  » falloir transpirer, que rien n’est jamais acquis ». Cela m’a profondément marqué. « 

3 : Parmi les rôles que vous avez interprétés, lequel vous a le plus transformée, artistiquement ou humainement ? Pourquoi ?

 » La Belle au Bois Dormant sans équivoque. Cela a été mon premier grand rôle. Quand j’étais petite, cette histoire me passionnait. Quand on me l’a proposé c’était donc une évidence. Musicalement, c’est un rôle très intéressant à danser. Il y a beaucoup de diversité. Contrairement à Giselle (qui est un rôle très technique mais très « solitaire »). Dans la Belle au Bois Dormant, il y a plein de choses pour tout le ballet, les solistes mais aussi le corps de ballet. L’histoire, la belle musique, … tout cela fait que personne ne se sent seul durant le ballet. Humainement, c’est un ballet qui m’a beaucoup apporté, il y a toujours une interaction avec les garçons et avec les autres danseuses et danseurs, .. Tout le monde revient pour le final, c’est chouette ! « 

4 : Quels étaient les défis et les joies de votre quotidien en tant que soliste au Ballet du Capitole ? Comment gériez-vous la pression, les répétitions et la recherche de la perfection ?

 » L’un des défis est que nous sommes tout le temps en concurrence envers les autres mais surtout envers nous-mêmes. C’est pour cela qu’il me fallait de la concentration. Je n’aime pas du tout parler à la barre. Je commençais à « parler » après l’adage. Même quand nous sommes gradés, il y a toujours des auditions pour plaire au chorégraphe. Parce que nous sommes solistes, nous ne sommes pas forcément pris. Parfois les chorégraphes flashaient sur des danseuses du corps de ballet à cause du physique et pouvaient écarter des solistes. C’était assez dur mentalement pour des solistes. Et puis, il y a des rôles qui plaisent plus que d’autres. Mais la pression on la gère en prenant de l’âge. Passé 30 ans, on réfléchit au rôle avant de s’engager dans l’audition. On peut reconnaître que le rôle n’est pas pour nous. On a envie d’être sur scène. Attention, je ne dis pas que l’on a moins la fougue après 30 ans. Mais le plus dur est de garder son grade. À Toulouse, contrairement à d’autres ballets on peut être rétrogradé, c’est dur, mais motivant tous les jours.

Mes plus grandes joies c’était le moment des saluts ; les récompenses et les applaudissements. J’étais un peu particulière je pense. Je n’allais jamais dans les cocktails. Je rentrais assez vite. Mais la joie c’était le public qui me la procurait. « 

5 : Pourquoi et comment avez-vous décidé de passer de la scène à l’enseignement ? Qu’est-ce qui vous a attirée dans la transmission de la danse ?

 » Très vite dès que j’ai été engagée, je savais que je voulais enseigner et transmettre. J’ai passé mon DE à 22 ou 23 ans. Je trouvais cela aberrant quand j’ai passé le DE que des personnes le passent si tard. Beaucoup arrêtent leur carrière de danseurs et se disent qu’il faut passer le DE. Mais cela ne doit pas être une obligation. Certains ont le DE durant leur carrière et n’enseignent pas.

Quand j’étais danseuse à la fin de ma carrière je commençais déjà à rencontrer les écoles. Une reconversion se prépare. J’ai vu des danseurs avant moi qui ne l’avaient pas préparé et qui se retrouvent le bec dans l’eau.

Ce qui est dur c’est de reprendre le travail de quelqu’un d’autre. Avec des débutants, c’est exaltant de transmettre et d’apprendre les choses pour avoir un bon placement. Parfois, ce qui est dur c’est de reprendre le travail d’autres professeurs, de redevoir expliquer différemment des choses. Depuis les 10 ans du BDS, j’ai vu certaines élèves évoluer, j’adore voir cette progression. Souvent c’est plus exaltant avec les adultes. C’est méritant de commencer la danse après 30 ans. »

6 : Quelle est votre philosophie pour former les jeunes danseurs aujourd’hui ? Comment alliez-vous rigueur technique et épanouissement personnel dans votre enseignement ?

 » Je préfère de bons amateurs à de mauvais professionnels. Les jeunes veulent tout très vite. Cela me prenait trop d’énergie et donc je ne fais plus de section pré-pro. Je veux bien donner les clés mais c’est à chacun d’ouvrir les portes. Il faut que les gens se poussent aussi. Même si on doit refaire les exercices 3 fois à droite ou 4 fois à gauche, cela me va, j’aime le travail technique et la répétition. Les élèves qui veulent refaire les exercices, cela me donne envie d’aller plus loin. J’aime expliquer et prendre le temps pour les petits mais aussi pour les grands.

J’aime de temps en temps faire des formations pros, pour transmettre du répertoire, … c’est là où il faut avoir de la discipline. Je ne prends pas de pré-pro dans mon école et cela me va. Je ne me sentais pas bien vis à vis des amateurs qui avaient la pêche en suivant. J’avais plus envie de leur transmettre à elle qu’aux pré-pro. Ce n’est pas un regret c’est juste un choix. Je préfère une heure de pointe avec des danseurs amateurs mais qui passent un bon moment plutôt qu’avec des filles qui sont fortes techniquement mais où il y a une mauvaise ambiance.

J’aime ne pas avoir cette pression d’audition que doivent passer et réussir les élèves. Mes 2 niveaux préférés sont les 6 ans pour le début de maturité et les 10 ans pour l’apprentissage des pointes. « 

7 : Selon vous, comment la danse classique a-t-elle évolué depuis vos débuts ? Quels changements (techniques, sociétaux, artistiques) vous semblent les plus significatifs ?

 » Je le dis très souvent, si j’avais dû être danseuse aujourd’hui je n’aurais sûrement pas fait cette carrière. Les réseaux sociaux ont transformé les choses et la dureté du métier. Aujourd’hui, il faut se montrer et c’est compliqué pour moi. La danse classique a beaucoup, beaucoup évolué. Je ne suis pas persuadée que dans certains ballets on gagne à développer une sur-technique mais en réduisant l’artistique. Je ne dis pas que je ne suis pas impressionné par 6 pirouettes mais parfois cela me dérange que dans certains ballets classiques la technique soit au détriment de l’artistique. « 

8 : Pouvez-vous nous raconter une anecdote drôle, inattendue ou touchante vécue en coulisses ou sur scène, qui illustre l’envers du décor de la vie d’une danseuse ?

«  Ce n’est pas vraiment une anecdote, c’est du vécu qui me suit aujourd’hui. On travaillait un ballet avec Angelin (Prejlocaj). Et sa façon de transmettre et de faire m’a fait naître une passion. C’est à cause de lui que j’aime tout faire en remontant. Il a des appellations, c’est des phrases. Ce sont plusieurs petits morceaux, il va dire vous faite le papillon, la tortue, … Il a fallu emmagasiner l’ensemble de son langage.

Puis, un jour, il est arrivé en disant qu’il fallait tout faire en remontant. Il nous a laissé un moment pour réfléchir. Mais c’était marquant.
Aujourd’hui, peu de profs font travailler en avançant et en descendant.

Quant aux anecdotes de coulisses, j’étais trop focus et concentrée pour en avoir. Ce sont plutôt des souvenirs de travail avec le partenaire, on tombe, on glisse, … Ce sont plutôt des fous rires auxquels on ne s’attend pas, à cause d’une fatigue ou d’un manque d’inattention, …  « 

9 : Quel conseil donneriez-vous à un jeune danseur ou une jeune danseuse qui rêve de faire carrière dans la danse classique aujourd’hui ?

 » Je trouve qu’il n’y a pas de recettes à part de suer et de transpirer. Cela a été souvent mon adage pendant longtemps. Après, il faut sauter sur les rencontres et les opportunités. Il y a un facteur chance et blessure que l’on ne maîtrise pas. J’ai eu beaucoup d’opportunités à cause de blessures d’autres danseuses. Cela a été de superbes opportunités malgré le malheur d’autres danseuses. C’est un facteur qui a été compliqué pour moi. On ne peut pas le maîtriser mais il faut apprendre à faire avec.

Après, on est tous catalogués dans la danse (la romantique, l’artistique, …). On est tous dans des cases. Une fois un chorégraphe est venu au ballet. Tout le monde était persuadé que j’allais jouer le rôle de Constance. Même moi. Et le chorégraphe a dit :  » je suis sûr qu’elle peut faire une méchante « . J’ai été surprise. Je ne voulais pas. Je pensais que ce n’était pas ma place. Mais par le suite, je me suis éclatée dans ce rôle. « 

10 : Quels sont vos projets actuels, qu’ils soient liés à la danse, à l’enseignement ou à d’autres passions ? Comment restez-vous connectée au monde de la danse ?

 » Passer mes vacances à la mer (rire). Les projets actuels, c’est que mon école fonctionne. Quand on a une école privée, ce n’est pas comme dans un conservatoire. J’ai toujours rêvé d’une école privée où je pouvais enseigner à ma façon. Ma passion, c’est la danse et la transmission. Je veux que les gens soient passionnés dans mon école et leur donner le goût de la danse.

Quand les élèves me disent : « vous m’avez redonné le goût de la danse ». J’adore ! Une élève m’a laissé un super message en me disant cela. C’est la consécration ! « 


Photos : David Herrero


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